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 Sujet sur la poésie "le sujet ne fonde pas la poésie...

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Perlounette
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MessageSujet: Sujet sur la poésie "le sujet ne fonde pas la poésie...   Sam 25 Fév - 11:25

sujet d'entrainement :

« Le sujet ne fonde pas la poésie : c’est le niveau de saisie de l’évènement, la façon dont il est pulvérise en mots, qui peut faire naître des cendres du quotidien des bribes lumineuses. Le poème est un creuset où sont portés à l’incandescence les objets d’étonnement et de plénitude jusqu’à ce qu’ils révèlent la lumière dont ils étaient seulement soupçonnes d’être porteurs. Leur rayonnement les consume : telle est l ‘histoire du poème. Mais leur clarté métamorphose durablement nos ténèbres : tel est le bonheur du lecteur » (Jean Roudaut, « Les territoires de René Char, intro.aux Œuvres complètes de René Char).
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Perlounette
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MessageSujet: Re: Sujet sur la poésie "le sujet ne fonde pas la poésie...   Lun 6 Mar - 11:55

1.Le sujet fonde t’il la poésie ?
A)Problématique

« Il n’est point de serpent , ni de monstres odieux,/ Qui par l’art imité, ne puisse plaire aux yeux »(Boileau, Art poétique, 3).A l’horizon du propos de Roudaut, il y a ainsi une question classique : celle de savoir si la poésie a des sujets privilégies ou si elle trouve partout son bien.
Ce débat oblige en fait à distinguer la poésie comme genre(ou comme forme) et la poéticité comme approche des choses-ou comme leur qualité même. Nul doute qu’il y ait ainsi une poéticité indépendante du vers : « nous disons d’un paysage qu’il est poétique ; nous le disons d’une circonstance de la vie ; nous le disons parfois d’une personne »(Valery, Propos sur la poésie)
Cette poéticité tient-elle alors aux choses même ou est ce le poète qui la leur confère ? Et si c’est le poète qui nous la révèle, est ce parce que son verbe les illumine d’un rayon singulier ou parce que son regard est plus aigu que le notre_ parce qu’il est visionnaire ?

B)Des serpents odieux aux Fleurs du mal : un débat

Certes dit Boileau »D’un pinceau délicat l’artifice est agréable/Du plus affreux objet fait un objet aimable/Ainsi, pour nous charmer, la tragédie en pleur/D’Œdipe tout sanglant fit parler les douleurs ». Si la poésie se confond avec la versification, elle peut en effet admettre en principe n’importe quel sujet, et les tristes philosophes rimailleurs du 18é ne s’en priveront pas. A cet égard l’invention par les classiques d’un vocabulaire poétique spécifique n’implique pas que la poésie ait un domaine réserve, c’est exactement le contraire : la « narine » permet de parler de la trivialité du nez.
Mais les classiques, en réalité, n’applique pas ce principe d’une universalité des sujets poétiques. Au nom de la bienséance et d’une esthétique réactionnaire, ils évitent tout ce qui peut choquer. Racine s’est ainsi refusé à « souiller »Iphigénie par « le meurtre horrible d’une personne aussi vertueuse et aussi aimable ! »C’est dans le Roman comique de Scarron et non une poésie qu’on voit Ragotin mettre le pied dans un pot de chambre-dans une « soucoupe inférieure »eussent dit les précieuses.
Malgré les efforts de Hugo et des romantiques pour élargir l’inspiration poétique, la véritable révolution, à cet égard, date des Fleurs du mal et du Spleen de paris . Des aveugles à la charogne et aux vieilles . « la vie parisienne est féconde en sujets poétiques et merveilleux », fussent-ils éclairés par ce que Hugo appelait le « rayon macabre » de Baudelaire. Désormais, si « le sujet ne fonde (plus) la poésie », c’est que le poète ne s’en tient plus aux seuls thèmes lyriques et traditionnels .

C)Roudaut : les degrés du poétisable
Roudaut, dont le propos est apparemment tranche, inscrit certes la poésie dans la révolution baudelairienne, comme le suggère sa référence au « quotidien ».
A bien le lire, pourtant, Roudaud ne met pas tous les même objets sur le même plan. Toutes choses sont elles également poétiques. L’allusion aux « objets d’étonnement et de plénitude » suggère en fait qu’il y a des degrés au poétisable.
En désignant dans le réel des objets plus à même que les autres de retenir le regard du poète, Roudaut nuance donc l’héritage baudelairien et suggère que tout n’est pas a priori charge de la même poésie : que la mort de Leopoldine(les contemplations), en soi déchirantes, n’exige pas le même degré de sublimation que le mollusque et la cigarette de Ponge . C’est poser le problème du « niveau de saisie des évènement », du mode d’approche de la réalité par le poète, bref de l’illumination poétique.


2.Le premier paradoxe de l’illumination poétique : une saisie comburante (les moyens de l’illumination)
A)Le nécessaire embrasement du monde

Par sa méthode du creuset, Roudaut souligne un premier paradoxe de l’illumination poétique : »l ‘évènement » y est « pulvérise », les « bribes lumineuses » ne peuvent naître que « des cendres du quotidien », « le rayonnement »des objets, dans le poème, en même temps « les consume ». La poésie est « incandescence » : elle n’éclaire son objet que par sa combustion. Et de renvoyer à Mallarmé : « il est de tradition de penser que si la littérature peut nous parler du monde, ce n’est que sous la forme de cendres, que si le mot peut bien évoquer l’objet, c’est en tant que chose morte » ;
Mais, contrairement à René Char, Mallarmé ne voit pas que cette composition, paradoxalement, est aussi révélation. Par sa disparition, l’objet « et amené à irradier et à rayonner. L’absence s’assimile au foyer : l’objet n’est pas affecte il est transmuté ».
Comment en irait il autrement ? Pour révéler la substance poétique d’un motif, comment s’en tenir à son apparence ? Comment ne pas ruiner la réalité ordinaire ?Pour receler dans les objets « la lumière dont ils étaient seulement soupçonnés d’être porteurs », pour atteindre le fond même des choses, comment ne pas briser et brûler leur coquille ?pour faire scintiller la poésie qui nous entoure comment ne pas imposer au réel une mystérieuse « transsubstantivation » (Roudaut) ? L’image du creuset est ainsi très exactement celle de l’alchimie baudelairienne : « tu m’as donné ta boue et je t’en ai fait de l’or ! »Mais il ne suffit pas d’affirmer, abstraitement ou métaphoriquement, ce processus de transmutation poétique du réel, encore faut il décrire les moyens. Car les objets, dit Roudaut, sont « pulvérisés en mots ».

B)Esthétique de l’épure et de l’éclat

S’agissant d’illumination, la tutelle rimbaldienne semble incontournable. Et en effet, son imaginaire est fait de tableau scintillants, de visions coruscante : »des pièces d’or jaune semées sur l’agate, des piliers d’acajou supportant un dôme d’émeraude, des bouquets de satin blanc et de fines verges de rubis entoure la rose d’eau ».Mais les illuminations rimbaldiennes sont pures visions mentales, fantasmagoriques : elles témoignent d’un point limite de l’expérience poétique où l’éblouissement hallucinatoire anéantit sans retour la réalité même du monde.
L’illusion la plus étroite du rayonnement paradoxal décrit par Roudaut est a chercher dans les poétiques de l’épure et de la concentration. Poétique de l’épure : Homère, déjà, idéalise et purifie tout ce qu’il touche. Chez lui, les sources sont fraîches et les lavoirs sont en marbre. Racine, aussi bien, transfigure l’insoutenable noirceur du monde par la souveraineté d’un style harmonieux et sublime : »le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur ».
De la quête mallarméenne des notions pures aux haïkaïs, il est des poétiques de l’éclat. Mais en vérité tout poème, par ses marges, fait briller son objet. Il est de même des poétiques de la concentration : ainsi les textes lapidaires de Char bien sur, brèves déflagration, creuset où l’étincelle jaillit de la densité d’un « poème pulvérisé. Mais là encore, le resserrement de toute poésie sur son propre matériau phonique, sur son propre système sémantique, et la liaison même des mots aux choses par le symbolisme des sons, les rapprochements établis entre les objets par la loi analogique de la métaphore, tout cela participe d’un processus général de concentration poétique.
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Perlounette
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MessageSujet: Re: Sujet sur la poésie "le sujet ne fonde pas la poésie...   Lun 6 Mar - 11:55

C)Puissance de l’imagination

C’est du reste la métaphore que pense avant tout Roudaut lorsqu’il évoque le paradoxal scintillement de l’illumination poétique : « l’illustration d’un élément donne pour premier par quelque objet évoque pour certaines qualités communes, et non pour son être propre, entraîne une relation perçue comme « présence-absence » : Le seul usage du comme donne au second élément moins de réalisme qu’au premier, le rejetant hors du monde des choses évoquées dans celui des images. Si la métaphore apparaît, depuis Baudelaire, comme la figure poétique par excellence, c’est qu’elle est la fois figure de concentration et double illumination, l’analogie qu’elle instaure donnant à voir d’un œil neuf aussi bien le comparant que le comparé.
Pour le poète, dit Baudelaire, l’imagination, c’est à dire l’aptitude à forger des métaphore, est donc « la reine des facultés. Or c’est bien ce don des analogies qui est à la source du mythe de la voyance poétique, comme Hugo, Baudelaire ou Rimbaud, et auquel renvoient évidemment les propos de Roudaut sur le rayonnement poétique. Baudelaire pense aux correspondances quand il déclare : « je veux illuminer les choses avec mon esprit et en projeter le reflet sur les autres esprits. Le poète est cet homme plus lucide que tout autre, capable de révéler dans les objets par sa mystérieuse et magique alchimie.
De la métaphore, il n’y a pas loin. La transmutation poétique du réel peut aller jusqu’à la symbolisation du visionnaire, signe des plus grands, de D’Aubigné à Hugo. Alors ce ne sont plus seulement quelques « bribes lumineuses » qui jaillissent du creuset poétique, c’est tout l’univers qui s’illumine, et qui, éblouissant, devient intelligible. Ce faisant, le poète, non seulement dépasse l’apparence des choses, mais leur donne toute leur grandeur. Son souffle épique les agrandit, la transsubstantiation se fait transfiguration.

3)Des « bribes lumineuses »à l’éclairement durable de nos ténèbres : le second paradoxe de l’illumination poétique
A)Transfiguration : du quotidien au poétique

Cette transfiguration ne se réduit pas à un procédé. Peut être est-elle le processus même de l’irradiation poétique. L’épos apparaît ainsi, des origines à nos jours, de la geste mésopotamienne de Gilgamesh -le plus ancien texte littéraire connu-aux versets inspires par Saint John Perse, comme l’un des modes dominants d’une appréhension poétique du monde. Le regard du poète se porte d’abord vers « les objets d’étonnement et de plénitude », et son verbe les glorifie ; « ô soldats de l’an deux !ô guerres !Epopées !(…)/Oh ! Que vous étiez grand au milieu des mêlées /soldats !L’œil plein d’éclair, faces échevelées/dans le noir tourbillon, /ils rayonnaient, debout, ardents, dressant la tête »(Hugo, Les châtiments. Qui a la curiosité d’aller les lire constatera que cette tonalité épique, des Poèmes barbares de Leconte de lisle aux Tropheesde Heredia est la manière préférée des parnassiens.
Mais l ‘épopée n’est pas la seule à agrandir le réel. Loin de chanter seulement des motifs en eux même déjà glorieux, la poésie sait donner à toutes choses, aussi humbles et prosaïque soient-elles, une beauté et un éclat inhabituel. C’est en cela qu’elle est vraiment transfiguratrice. Ni Baudelaire ni Ponge ne sont les premiers à poétiser la réalité ordinaire. Des Idylles de Théocrite et des Bucoliques de Virgile aux Elégies de Chénier, le poète a toujours été ce magicien qui embelli tout ce qu’il touche : car la vie frustre des patres, ces brutes en vérité, n’avaient rien à priori de poétique. La poésie, dit Vigny, est élévation ;
Cette idéalisation, en somme, réduit en cendres la médiocrité du quotidien pour nous le rendre admirable. Le poète, aussi bien, quels que soient ses choix techniques, est cet homme qui, par sa parole même, rend presque acceptable nos souffrances. Des Antiquités de Rome aux Contemplations, le lyrisme, fût il déploration, est toujours sublimation. Par cette métamorphose, dit Proust, rend »les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire ».

B)La révélation poétique

Là n’est pas le seul bonheur du lecteur de poésie. Si sa singulière clarté conférée aux objets par l’alchimie poétique »métamorphose(…)nos ténèbres », si es révélée en eux une lumière qu’on soupçonnait seulement, c’est au sens où nous ne percevons ordinairement que les apparences des choses. Le propos de Roucaut est ainsi fonde sur l’opposition du langage poétique au langage ordinaire : la langue commune, conceptuelle, nous donne accès a l’abstraction des idées, non aux choses elle même. En clair dit Roudaut « la poésie seule(…)donne l’être », elle est « révélation de la plénitude de l’être », et c’est même »l’immédiat quotidien(…)qui se trouve »grâce à elle »brûler d’une lumière inaccoutumée ». L’un des recueils de Char ne s’intitule t il pas Commune présence ?
Cette portée ontologique de la poésie, théorisée par Heidegger, est l’horizon commun de toute la poésie contemporaine, de Saint John Perse à Y.Bonnefoy,de Deguy à Jaccottet. L’idée n’en est pas fumeuse ou complaisante. Non seulement il faut prendre au sérieux cette visée poétique d’aller au cœur des choses, mais il faut la reconnaître dans toute l’histoire de la poésie à travers ses constantes formelles : les rythmes de sa parole , mimétiques des rythmes même de l’être et des choses, le symbolisme des sons qui passe outre les dénominations conventionnelles pour remotiver et réincarner les mots, la métaphore enfin qui, par l’analogie qu’elle instaure entre deux sensations, travaille à retrouver la fraîcheur oubliée d’un premier contact, perceptif, avec l’objet, avec le monde qui nous entoure.
En se situant en deça de l’intelligibilité du concept, l’image perd sans doute en clarté, à première vue. Aussi ne laisse t elle pas scintiller que des « bribes lumineuses ». Les éclaircies qu’elle laisse échapper sur ce qui fut notre rapport informulé, primordial, au réel ne sauraient être que fugitives, d’où son effort toujours recommence. Ce rayonnement n’est qu’un clignotement d’étincelles : et pourtant, second paradoxe de l’illumination poétique, sa clarté a sur nous un durable retentissement.

C)La poésie réconciliatrice

Intuitive, fulgurante, la parole poétique, essentiellement métaphorique, n’établit pas la stabilité d’un concept, la rigidité d’une loi scientifique. « Qu’est ce qui scintille, parle plus qu’il ne chuchote, se transmet silencieusement, puis file derrière la nuit, ne laissant que le vide de l’amour, la promesse de l’immunité ? »(Char, « a.Rimbaud »). Et pourtant sa lumière, dit Roudaut « métamorphose durablement nos ténèbres ».
En effet, à défaut de vérités intelligibles, la poésie, par sa démarche même, nous invite à retourner aux choses, à retrouver l’authenticité d’un contact originel avec elles. Tous les grands poètes visent à abolir la dissociation tragique du moi et du monde, à combler la fracture irréductible qui sépare l’univers objectif et la subjectivité de la conscience.
Ainsi la poésie est elle ambition d’une « plénitude. A l’approche fragmentée de la raison analytique, elle s’efforce de substituer un monde où se tiennent, où tout soit lies par l’analogie, où la conscience même fusionne avec les choses. Fondamentalement nostalgique d’une unité perdue, elle est le rêve d’une réconciliation heureuse. Ici culmine, au delà du « plaisir » poétique et des non moins éphémères « joies de la lecture », sa visée eudémonique, capable de nous transformer durablement, sinon à jamais.

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René Char : biographie et extraits de poemes : http://www.pierdelune.com/char.htm

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