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Perlounette Toujours là!

Inscrit le : 11 Sep 2005 Messages : 644
| Sujet: le fantastique Mar 13 Déc - 19:03 | |
| Le FANTAsTIQUE
Genre littéraire dans lequel deux logiques se superposent , l’une rationnelle qui refuse d’admettre l’inexpliquable , l’autre irrationnelle. Le fantastique , selon la définition de Todorov , n’existe qu’en référence à deux catégories voisines avec lesquelles il entretient des rapports complexes : l’étrange et le merveilleux.
Dans ce monde qui est le nôtre se produit brusquement un événement qui ne peut pas s’expliquer selon l’ordre rationnel qui régit notre univers. Celui qui perçoit l’événement doit opter pour l’une ou l’autre des deux solutions possibles : * Ou bien l’événement est le fruit d’une illusion des sens,de l’imagination,et les lois du monde restent inchangées ; * ou bien l’événement a réellement eu lieu , ce qui signifie que le monde dans lequel il s’est produit est régi par des lois qui nous sont inconnues. « Le fantastique, écrit Todorov, occupe le temps de cette incertitude ». Le fantastique implique donc une intégration du lecteur au monde des personnages. L’hésitation du lecteur est la condition même du fantastique. Elle peut-ou non- être ressentie par un personnage auquel le rôle de lecteur est dévolu. L’ambiguité peut se maintenir jusqu’à la fin de l’œuvre. Ex : dans Le tour d’écrou , d’Henry James , il est impossible , pour le lecteur , de savoir si des fantômes hantent le vieille propriété ou s’il s’agit d’hallucinations de l’institutrice. Dés qu’on choisit l’une ou l’autre réponse , on quitte le fantastique pour l’étrange ou le merveilleux.
Dans le cas du merveilleux,ce n’est pas une attitude envers les évènements rapportés qui caractérise la catégorie mais la nature même de ces évènements. Le surnaturel ne produit alors aucune surprise , ni chez un personnage de récit ni chez le lecteur .Dans les contes de fées,ceux de Perrault par exemple , les dons magiques des fées n’étonnent personne.Le charme agit sur le personnage comme sur le lecteur qui abandonne alors, par convention , tout esprit critique. Le plaisir causé par le merveilleux provient du fait que le lecteur retrouve l’appréhension du réel qui était la sienne dans l’enfance , avant l’acquisition du rationnel.
Dans le cas de l’étrange, des évènements qui paraissent surnaturels pendant une partie du récit , ils reçoivent à la fin une explication rationnelle, soit que les évènements ne se soient pas produits (ils n’étaient que le fruit d’une imagination déréglée : rêve,folie…), soit qu’ils finissent par s’expliquer rationnellement ( hasard,supercherie..) Ex : à la fin du Manuscrit trouvé à Saragosse de Jan Potocki , tous les phénomenes apparemment surnaturels sont explicités/ expliqués.
Le fantastique a peu de place dan la littérature médiévale ou les mentalités , encore proches du mythe , établissent une frontière moins nette entre le rationnel et l’irrationnel , le merveilleux étant presque perçu comme une réalité. A l’époque classique, cartésienne, il n’occupe qu’une place mineure.C’est à partir de la fin du 18eme où l’irrationnel fait irruption dans la littérature , que le fantastique y occupe une place importante. Il sera un des domaines de prédilection du romantisme. C’est l’article de Nodier, en 1830, intitulé « du fantastique en littérature », qui lui confère le statut de catégorie littéraire.
TODOROV : INTRODUCTION À LA LITTÉRATURE FANTASTIQUE
"Ainsi se trouve-t-on amené au cœur du fantastique. Dans un monde qui est bien le nôtre, celui que nous connaissons, sans diables, sylphides, ni vampires, se produit un événement qui ne peut s'expliquer par les lois de ce même monde familier. Celui qui perçoit l'événement doit opter pour l'une des deux solutions possibles : ou bien il s'agit d'une illusion des sens, d'un produit de l'imagination et les lois du monde restent alors ce qu'elles sont ; ou bien l'événement a véritablement eu lieu, il est partie intégrante de la réalité, mais alors cette réalité est régie par des lois inconnues de nous. Ou bien le diable est une illusion, un être imaginaire, ou bien il existe réellement, tout comme les autres êtres vivants : avec cette réserve qu'on le rencontre rarement.
Le fantastique occupe le temps de cette incertitude ; dès qu'on choisit l'une ou l'autre réponse, on quitte le fantastique pour entrer dans un genre voisin, l'étrange ou le merveilleux. Le fantastique, c'est l'hésitation éprouvée par un être qui ne connaît que les lois naturelles, face à un événement en apparence surnaturel. […]
Il faut remarquer encore que les définitions du fantastique qu'on trouve en France dans des écrits récents, si elles ne sont pas identiques à la nôtre, ne la contredisent pas non plus. Sans nous attarder trop, nous donnerons quelques exemples puisés dans les textes "canoniques". Castex écrit dans Le conte fantastique en France : "le fantastique... se caractérise... par une intrusion brutale du mystère dans le cadre de la vie réelle"). Louis Vax, dans L'art et la littérature fantastiques : "Le récit fantastique... aime nous présenter, habitant le monde réel où nous sommes, des hommes comme nous, placés soudainement en présence de l'inexplicable" (p.5). Roger Caillois, dans Au cœur du fantastique : "Tout le fantastique est rupture de l'ordre reconnu, irruption de l'inadmissible au sein de l'inaltérable légalité quotidienne" (p. 61). On le voit, ces trois définitions sont, intentionnellement ou non, des paraphrases l'une de l'autre : il y a chaque fois le "mystère", "l'inexplicable", "l'inadmissible", qui s'introduit dans la "vie réelle", ou le "monde réel", ou encore dans "l'inaltérable légalité quotidienne". [...]
Nous sommes maintenant en état de préciser et de compléter notre définition du fantastique. Celui-ci exige que trois conditions soient remplies.
D'abord, il faut que le texte oblige le lecteur à considérer le monde des personnages comme un monde de personnes vivantes et à hésiter entre une explication naturelle et une explication surnaturelle des événements évoqués. Ensuite, cette hésitation peut être ressentie également par un personnage ; ainsi le rôle de lecteur est pour ainsi dire confié à un personnage et dans le même temps l'hésitation se trouve représentée, elle devient un des thèmes de l'œuvre ; dans le cas d'une lecture naïve, le lecteur réel s'identifie avec le personnage. Enfin il importe que le lecteur adopte une certaine attitude à l'égard du texte : il refusera aussi bien l'interprétation allégorique que l'interprétation "poétique". Ces trois exigences n'ont pas une valeur égale. La première et la troisième constituent véritablement le genre ; la seconde peut ne pas être satisfaite. Toutefois, la plupart des exemples remplissent les trois conditions. --------------------------------------------------------------------------------
Tzvetan TODOROV, Introduction à la littérature fantastique, © Tous droits réservés. Éditions du Seuil, 1970.
COUDOYER LE FANTASTIQUE
Guy de Maupassant, Article publié dans Le Gaulois du 7 octobre 1883
Le Fantastique
Lentement, depuis vingt ans, le surnaturel est sorti de nos âmes. Il s’est évaporé comme s'évapore un parfum quand la bouteille est débouchée. En portant l'orifice aux narines et en aspirant longtemps, longtemps, on retrouve à peine une vague senteur. C’est fini
Les petits enfants s'étonneront des croyances naïves de leurs pères à des choses si ridicules et si invraisemblables. Ils ne sauront jamais ce qu'était autrefois la nuit, la peur du mystérieux, la peur du surnaturel. C’est à peine si quelques centaines d'hommes s’acharnent encore à croire aux visites des esprits, aux influences de certains êtres ou de certaines choses, au somnambulisme lucide, à tout le charlatanisme des esprits. C‘est fini.
Notre pauvre esprit inquiet, impuissant, borné, effaré par tout effet dont il ne saisissait pas la cause, épouvanté par le spectacle incessant et incompréhensible du monde a tremblé pendant des siècles sous des croyances étranges et enfantines qui lui servaient à expliquer l’inconnu. Aujourd'hui il devine qu’il s'est trompé, et il cherche à comprendre, sans savoir encore. Le premier pas, le grand pas est fait. Nous avons rejeté le mystérieux qui n’est plus pour nous inexploré.
Dans vingt ans, la peur de l’irréel n’existera plus même dans le peuple des champs. Il semble que la création ait pris un autre aspect, une autre figure, une autre signification qu’autrefois. De là va certainement résulter la fin de la littérature fantastique.
Elle a eu cette littérature des périodes et des allures bien diverses, depuis le roman de chevalerie, Les Mille et Une Nuits, les poèmes héroïques, jusqu’aux contes de fées et aux troublantes histoires d'Hoffman et d’Edgar Poe. Quand l’homme croyait sans hésitation, les écrivains fantastiques ne prenaient point de précautions pour dérouler leurs surprenantes histoires. Ils entraient du premier coup, dans l’impossible, et y demeuraient, variant à l’infini les combinaisons invraisemblables, les apparitions, toutes les ruses effrayantes pour enfanter l’épouvante.
Mais quand le doute eût pénétré enfin dans les esprits, l’art est devenu plus subtil. L’écrivain a cherché les nuances, a rôdé autour du surnaturel plutôt que d’y pénétrer. Il a trouvé des effets terribles en demeurant sur la limite du possible, en jetant les âmes dans l’hésitation, dans l'effarement. Le lecteur indécis ne savait plus, perdant pied comme en une eau dont le fond manque à tout instant, se raccrochait brusquement au réel pour s’enfoncer encore tout aussitôt, et se débattre de nouveau dans une confusion pénible et enfiévrante comme un cauchemar.
L'extraordinaire puissance terrifiante d’Hoffmann et d’Edgar Poe vient de cette habileté savante, de cette façon particulière de coudoyer le fantastique et de troubler avec des faits naturels où reste pourtant quelque chose d’inexpliqué et de presque impossible.
Guy de Maupassant, Article publié dans Le Gaulois du 7 octobre 1883 _________________ Félicitations aux admissibles ! il faut foncer maintenant et ça va passer ! courage. |
|  | | Lisette Administratrice


Inscrit le : 01 Sep 2005 Messages : 1123 Localisation : Bretagne
| Sujet: Re: le fantastique Ven 5 Jan - 18:40 | |
| Le fantastique est un courant européen : héritage de la littérature européenne du XVIIIe siècle, le fantastique se développe au XIXe siècle parce qu’il rejoint, et révèle certaines incertitudes. Se développant avec le Romantisme, il coexiste avec le Réalisme.
Définition : Le fantastique est défini par les chercheurs P. Castex et T. Todorov comme l’intrusion du surnaturel, de l’inexplicable dans le réel quotidien. Il se caractérise par une hésitation constante entre deux interprétations : l’une rationnelle, l’autre irrationnelle. Le lecteur ne peut jamais trancher complètement en faveur de l’une ou de l’autre interprétation.
► Origines et développement : repères historiques et culturels
Parallèlement au rationalisme philosophique des Lumières est né, au XVIIIe siècle, un courant sensible qui s’intéresse à l’irrationnel. Le Diable amoureux de Cazotte en est une illustration (ouvrage publié en 1772). En même temps, ce goût pour le surnaturel et pour le rêve à tendance cauchemardesque imprégnait la littérature romantique allemande (Goethe) et le roman noir anglais (Mary Shelley Frankenstein) : pactes diaboliques, apparitions démoniaques, phénomènes mystérieux. Le Romantisme français, influencé par ces littératures, en a exploité les thèmes pour répondre aux angoisses et aux incertitudes du siècle : disparition des croyances religieuses, non-respect des traditions, modification des structures sociales. En contrepartie, l’importance accordée à la sensibilité et au rêve conduit les écrivains à aborder avec curiosité les frontières fluctuantes du réel. Après 1850, l’essor du Réalisme et du Naturalisme ne mettent pas fin à ces recherches : au contraire, elles contrebalancent les incertitudes positivistes*. Maupassant explique l’évolution du fantastique en montrant qu’il doit être d’autant plus subtil que les certitudes humaines sont mieux fondées. Tout l’art de Poe et d’Hoffmann, écrit-il, consiste à jouer habilement sur « la limite du possible ».
► Caractéristiques et thèmes
Un certain nombre d’éléments récurrents permettent de faire apparaître les caractéristiques de ce registre.
1. Les apparitions et animations Les récits fantastiques sont peuplés d’apparitions (formes indécises, spectres) et d’objets qui s’animent (une cafetière, un presse-papier). Ces indices visibles d’une vie « impossible » sèment le doute et l’angoisse. Exemple : le thème du vampire ou de « la morte vivante » dans Véra ou La Morte
2. Le thème du double obsédant Le narrateur se sent persécuté mais on ne sait jamais si ce double existe réellement ou si c’est le fruit de son imagination malade. Exemples : William Wilson de Poe, Le Horla de Maupassant, Le Chevalier double de Gautier.
3. Le pouvoir magique de certains objets Le talisman est un élément important. Balzac l’utilise dans La Peau de chagrin Une peau magique semble capable d’exaucer tous les désirs du héros, en échange de sa vie. On en arrive ainsi au pacte.
4. Le pacte avec les puissances occultes Le pacte avec le diable est le thème majeur du Faust de Goethe. C’est ensuite devenu un thème récurrent du fantastique : un contrat est passé avec des forces démoniaques pour s’assurer argent, bonheur, puissance éternité mais en échange on y perd son âme. Exemple : Le Jeu du bouton de Matheson.
5. Les pouvoirs magiques de certains êtres Il arrive enfin que certains êtres soient eux-mêmes, à leur insu, dotés de pouvoirs extraordinaires : double vue, prémonitions, métamorphose (Axolotl de Cortazar) ou capacité de passer à travers les murs (Le Passe-muraille de Aymé).
A travers ces différents thèmes, on perçoit que la littérature fantastique ouvre les portes d’un univers d’une « inquiétante étrangeté ». L’écriture de récit fantastiques repose ainsi sur un certains nombres de procédés.
► L’écriture fantastique
■ Le récit à la première personne Le narrateur est donc souvent le personnage principal de l’histoire racontée et la focalisation est interne : le héros témoigne lui-même de ce qui lui est arrivé. Ce sont ses propres facultés qu’il met en cause : est-il en train de rêver ? est-il devenu fou ? Le doute et l’incertitude sont ainsi renfrorcés.
■ L’insistance sur un état second Beaucoup de situations favorables au fantastique sont associées à une sorte d’état second. Fatigue, fièvre, ivresse, somnolence, drogues conduisent le héros à la limite de la conscience, dans l’incertitude entre veille et sommeil.
■ Le contexte spatio-temporel Les lieux sont souvent étranges ou isolés : cimetières, maison loin de la ville ou inhabitées, magasins d’antiquités. Le moment joue aussi un rôle important : il s’agit de moment où l’œil humain éprouve des difficultés pour discerner le vrai du faux, la réalité de l’illusion ou du rêve. Ainsi, la nuit noire et profonde, l’aube ou le crépuscule permettent de douter de ce qui est vu. L’absence de lumière directe et naturelle renforce ce sentiment. Les conditions météorologiques sont aussi importantes pour participer à ce brouillage des repères du temps et de l’espace : brouillard, automne brumeux, pluie.
■ Les figures de style Les plus fréquemment utilisées sont : - les personnifications* qui soulignent l’animation des objets. - les comparaisons et les métaphores* qui créent des analogies entre deux mondes ou qui soulignent leurs interférences inquiétantes. Elles soulignent aussi des phénomènes de métamorphoses. Associées au lexique de l’incertitude, elles font comprendre à quel point le fantastique relève de ce que Maupassant appelle le « somnambulisme lucide ».
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