Extraits de rapports de jury de Capes
pour l’épreuve d’ancien françaisPréambule :
1997 : « L’épreuve d’ancien français est une épreuve redoutée de la plupart des candidats, avec raison quand il s’agit des candidats qui font délibérément l’impasse sur l’ancien français ou qui se contentent d’une préparation hâtive et peu rigoureuse ; les premiers peuvent craindre de voir leur copie sanctionnée par un zéro éliminatoire, et les seconds se rendront compte le jour du concours qu’il s ‘agit d’une matière où l’improvisation n’est pas de mise. Mais les candidats sérieux, qui ont travaillé de façon méthodique le texte au programme, doivent aborder cette épreuve l’esprit serein, avec la certitude que leur travail de toute l’année de préparation sera efficace et « rentable », en termes d’arithmétique : il s’agit d’une des épreuves où il est le plus aisé d’obtenir une note satisfaisante.
L’épreuve qui dure 2h30, comprend traditionnellement cinq questions (traduction, phonétique, morphologie, syntaxe, sémantique) qui sont généralement notées selon le barème suivant (pour un total de 20) : la traduction sur 5, la phonétique sur 3 et les autres questions sur 4.
Il faut le rappeler, car manifestement, certains candidats l’ignorent encore, cette épreuve se fait sur le texte de la période médiévale inscrit au programme des agrégations de Lettres, Lettres modernes et Grammaire [à savoir pour le Capes 2001]. »
1998 : « Point n’est besoin de rappeler que l’épreuve d’ancien français n’est pas un exercice gratuit et suranné, encore moins un piège. Elle ne l’est pas à double titre. D’abord contrairement à l’opinion reçue, c’est une épreuve qui permet aux candidats qui s’y sont préparés raisonnablement de faire provision de points, ce qui est une façon de voir au-delà de l’admissibilité. Ensuite, l’histoire de la langue fait nécessairement partie de la culture du professeur de français ; sans la connaissance élémentaire de cette discipline, comment comprendre – c’est au moins le professeur qui doit comprendre à défaut de faire comprendre à des élèves trop jeunes – l’orthographe en apparence illogique de tel mot, ou de telle règle d’accord [ex : cheval / chevaux], que seule l’histoire de la langue est capable d’expliquer ? »
Traduction :
1997 : « Il convient d’abord de rappeler la façon de procéder des correcteurs : pour l’épreuve de traduction, le principe est de retrancher des points (des fraction de point plus exactement) à partir d’un « capital » théorique de départ de 5 points : 1/8 de point pou un léger faux sens, une exactitude ou une impropriété, ¼ de point pour un faux sens important ou un léger contresens, ½ point pour un contresens portant sur un vers ou un vers omis. Les fautes de français (barbarismes, constructions verbales incorrectes, etc.) sont également pénalisées, de même que les fautes d’orthographe (surtout quand elles se répètent) et les erreurs ou négligences dans la ponctuation. La conséquence pratique d’un tel mode de correction est qu’un candidat qui oublierait par exemple de traduire la moitié du texte serait noté, pour la traduction, zéro, même si la partie traduite était excellente. On ne saurait donc trop recommander aux candidats de lire et de relire soigneusement leur traduction le jour du concours, afin de vérifier que tout a été traduit.
Si la traduction n’est pas une épreuve d’improvisation, elle n’est pas non plus un exercice de réécriture d’une traduction apprise par cœur. Le texte au programme doit être, pendant l’année, traduit personnellement –c’est le seul moyen de pouvoir traiter convenablement les questions suivantes, en particulier de morphologie et de syntaxe - , cette traduction doit être mise par écrit, puis lue et relue régulièrement, ne serait-ce que pour se familiariser avec les péripéties et les personnages du roman ! On rappellera cette année encore que cette épreuve permet d’évaluer non seulement la connaissance d’un état antérieur de la langue, mais aussi, mais aussi l’aptitude à manier la langue française et à rédiger une transposition qui soit fidèle à l’original, claire et correcte, sinon élégante. La transposition étant en prose, il est inutile de respecter la disposition en vers (ou d’aller à la ligne après chaque point) ; il est interdit de proposer plusieurs traductions pour une même phrase ou un même membre de phrase, d’agrémenter le texte de gloses censées éclairer le correcteur ; enfin le candidat doit respecter la syntaxe et le vocabulaire de la langue moderne, en se gardant en particulier du style pseudo-troubadouresque (* gentes dames, oyez… ou *la demoiselle son cheval prend…) et en prenant soin d’harmoniser les temps des verbes, au moins à l’intérieur de chaque phase du récit. »
1998 : « Il faut rappeler que l’exercice de la traduction ne consiste pas à aligner de façon plus ou moins précise des propositions calquées sur l’ordre de l’ancien français. Il s’agit de rendre en un français moderne au moins correct un texte ancien en serrant de près le sens de ce dernier et en respectant, dans la mesure du possible, la structure des phrases du texte proposé. Apprendre par cœur des bribes de la traduction imprimée du texte au programme ne peut pas se substituer à un travail intelligent et patient effectué durant toute l'année. »
1999 : « On insistera pour terminer sur la nécessité de s’entraîner au cours de l’année de préparation du concours à réaliser soi-même la traduction de tout le texte au programme de grammaire, avec l’aide d’un dictionnaire, d’un manuel de morphologie et d’une syntaxe. Etablir un programme de travail méthodique et le réaliser semaine après semaine est la meilleure façon de réaliser des progrès spectaculaires. A l’inverse, la simple lecture d’une traduction, même attentive, procure une impression trompeuse de facilité qui ne permet pas la résolution effective des difficultés et qui laisse le candidat démuni lorsqu’il se trouve seul devant le texte original.
Enfin, certaines copies se signalent par un tel nombre d’incorrections et de fautes d’orthographe qu’o n frémit d’imaginer leurs auteurs en situation de professeur devant une classe… Les candidats doivent avoir présent à l’esprit le but qu’ils poursuivent et porter la plus grande attention à la correction de la langue qu’ils utilisent. »
Phonétique :
1997 : « Il faut signaler que pour cette partie de l’épreuve (et pour les suivantes) la correction ne se fait plus par soustraction de points, mais par addition : chaque phénomène de l’évolution du mot du latin au français est affecté d’un nombre de points précis (1/4 de point généralement dans un barème qui affecte 1,5 point à chacun des deux mots) et le fait de ne pas traiter le second mot n’enlève rien au total acquis par une bonne réponse pour le premier. […]
On se contentera ici de quelques conseils de méthode :
- Les candidats doivent choisir un alphabet phonétique et s’y tenir tout au long de leur réponse : le jury n’a aucune préférence et il ne peut qu’encourager les candidats à indiquer en tête de leur réponse le choix qu’ils ont fait . […] Bien entendu, il faut distinguer clairement les phonèmes et les graphèmes, dont la valeur au cours de l’histoire de la langue ; c’est ainsi que le graphème v sert à noter en L.C. la bilabio-vélaire [w], tandis qu’il note dans la graphie médiévale et dans l’orthographe moderne la consonne labiodentale [v], inconnue du système phonétique du L.C. ; de même le digramme eu du français moderne ne note pas la diphtongue [éu], mais le phonème simple [œ].
- Dès le début de leur réponse, les candidats doivent retranscrire l’étymon avec l’accent et les quantités des voyelles indispensables pour comprendre la suite de l’évolution ; il n’est pas nécessaire de justifier la démarche suivie pour déterminer la place de l’accent, mais tous ces renseignements doivent être regroupés, par souci de clarté et de cohérence, au début de l’étude.
- L’évolution doit être envisagée pour le mot entier, et non pas phonème par phonème ; chaque changement phonétique doit être daté, caractérisé avec le terme adéquat et commenté, puis le terme sera retranscrit phonétiquement dans sa nouvelle forme. Une phrase suffit en général pour chaque changement et il faut bannir le style télégraphique et les expressions telles que « se transforme en… », « passe à … ».
- L’évolution doit être conduite jusqu’au français moderne et il ne faut pas oublier de commenter les graphies médiévales ainsi que l’orthographe moderne. »
1998 et 1999 : mêmes recommandations que précédemment.
Morphologie :
1998 : « Faut-il rappeler que le jury attend de la part du candidat la capacité d’organiser de façon logique et compréhensible la réponse à chacune des questions de morphologie ? Ces deux questions sont à traiter de manière bien distincte. On a eu l’occasion de lire des copies où la question diachronique était étrangement traitée à l’intérieur de la réponse à la question synchronique. Les étudiants doivent maintenant, et depuis un moment, être habitués, du moins à l’épreuve de morphologie du CAPES, à voir la question synchronique clairement séparée de la question relevant de l’évolution historique. Relativement nombreuses ont été les copies qui, pour la première question, ont donné le paradigme de l’ancien français accompagné du paradigme latin et d’un commentaire historique.
Ici, encore moins qu’en phonétique, il n’est pas question de reproduire des réponses toutes faites sans qu’il soit tenu compte, de manière la plus stricte, des exemples du texte qui doivent constituer le point de départ de la réflexion et de l’élaboration du plan.
La réponse aux deux questions de morphologie doit obéir à quelques règles simples d’exposition. Une introduction, menée de façon naturelle et allant à l’essentiel, précédera la réponse aux deux questions. [ Dans le cas de l’analyse du passé simple dans un texte donné] Il n’est pas question d’évoquer l’importance du passé simple dans le récit ; ce genre de considération ne relève pas de la morphologie. Il suffit, pour la première question, d’évoquer et de définir l’opposition des types faibles et des types forts. Le libellé était suffisamment clair et conduisait naturellement à adopter le plan logique qui consistait à naturellement à adopter le plan logique qui consistait à relever et à classer, en justifiant les critères du classement, les formes verbales du texte concerné ; il est indispensable d’indiquer la référence (numéro de ligne ou de vers) de chaque occurrence. Enumérer, dans le désordre, les formes de passé simple, les classer ensuite et les commenter sans les regrouper, ce qui s’est souvent vu dans les copies, une telle démarche ne pouvait guère aboutir à un résultat heureux et représentait une perte de temps considérable ; les énumérer sans les classer ni les commenter n’avait aucun intérêt, et, dans ce cas, la réponse était considérée comme nulle. Il va de soi que, pour montrer et commenter les traits caractéristiques de chaque type de passé simple, la présentation du paradigme d’un exemple par type s’impose.
Pour la seconde question, le plan le plus naturel consistait à donner le paradigme en ancien français en face de ceux du latin et du français moderne, de présenter et d’expliquer les changements intervenus en latin vulgaire par rapport au latin classique, ce qui amenait à donner le paradigme pour l’un et pour l’autre à un moment ou un autre, à indiquer de façon précise l’évolution du latin vulgaire à l’ancien français et, enfin, à décrire brièvement l’évolution de l’ancien français au français moderne.
Enfin, il convient de rappeler que l’étude morphologique est l’étude des formes grammaticales en fonction d’un système, qui, en l’occurrence, est celui de l’ancien français pour la partie synchronique de la question de morphologie. Les formes ne sont pas à considérer de façon isolée, mais par rapport à l’ensemble auquel elles appartiennent, c’est-à-dire par rapport à leur paradigme. »
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