Conception élargie de la « transposition didactique » : spécificités des savoirs en français
Le français est une discipline spécifique au sens où les objets d’enseignement sont autant
des savoir-faire que des savoirs. Ceux-ci, issus des travaux théoriques de référence deviennent
des instruments au service de la pratique des discours, en réception comme en production. Les
savoirs littéraires et linguistiques ne sont le plus souvent que des moyens pour savoir lire, écrire
14 Garcia-Debanc C. (1998) : « Transpositions didactiques et chaîne de reformulation des savoirs : le cas des connecteurs »,
Pratiques n° 97-98.
15 Les théories de référence sont celles des linguistes qui se sont intéressés au connecteur mais : O. Ducrot puis J.-M. Adam qui
distingue le mais de renforcement-renchérissement, le mais réfutatif, le mais de changement de point de vue, le mais concessif, le
mais argumentatif. Autres sources « savantes » : les limites de la notion d’inférence (Jacques Jayez) et quatre emplois de mais :
concession, adversation, réfutation, retour sur l’énonciation (Jean-Marc Luscher). Cf. la revue Pratiques pour les références
précises.
16 Cf. l’analyse détaillée d’un chapitre de manuel à propos de cette notion : Garcia-Debanc C. (1995) « l’argumentation dans la
langue : liens logiques et cohésion textuelle » dans La didactique au CAPES de Lettres, Bertrand-Lacoste. Analyse toujours
valable et transposable à d’autres supports conformes à la réforme des programmes.
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des textes, parler, exercer son esprit critique... C’est une dimension à ne pas perdre de vue, car
cette spécificité entraîne souvent une transformation radicale des emprunts aux théories de
référence. Entrant dans le champ des savoirs scolaires en français, ils sont inscrits dans une
logique du « faire », de l’action.
D’autre part, les contenus à enseigner ne se limitent pas à des « savoirs savants »
transposés. Les « pratiques sociales de référence »17 déterminent ou participent à la définition des
savoirs scolaires, et ce phénomène est notamment propre à la discipline du français, pour les
sphères du parler, du lire, et de l’écrire. Ainsi peut-on se demander quelle pratique de référence
oriente, par exemple, l’enseignement de la production écrite. Est-ce celle de la tradition scolaire,
celle du journaliste ou celle de l’écrivain ? Les savoirs, en français, plus que dans d’autres
disciplines, ont une dimension sociale importante.
La spécificité de la discipline réside également dans le fait qu’elle se réfère à de multiples
champs théoriques18 et que le concept de transposition didactique (au sens restreint) ne suffit pas
pour rendre compte du traitement des savoirs savants quand ils pénètrent dans l’espace scolaire en
français. Ainsi, enseigner le français consiste à convoquer une pluralité de références, à les
sélectionner, les intégrer, les rendre opératoires, les articuler entre elles. Il s’agit d’éviter de
cloisonner les sous-matières du français en une série de didactiques spécifiques (grammaire,
orthographe, vocabulaire, production écrite, lecture...)19. C’est le choix fait par les récents
programmes. Dans la démarche didactique, les emprunts théoriques transposés comptent moins
en eux mêmes que leur agrégation pertinente pour atteindre l’objectif d’apprentissage poursuivi.
La séquence didactique qui apparaît alors comme un outil opératoire pour réaliser cette
« élaboration didactique » prend tout son sens.
Le rappel schématique des fondements théoriques de l’épreuve vise à permettre aux
candidats une meilleure distance critique avec les objets de cette épreuve, à donner des clés pour
interroger les savoirs scolaires, pour questionner les supports ou les moyens d’enseignement. Le
bon sens est, certes, toujours fort utile en didactique comme en pédagogie, mais il ne suffit pas.
Bon sens et approche théorique sont complémentaires.
Didactique et histoire de la discipline
Les savoirs à enseigner, à un moment donné, sont également le « résultat » d’une
« histoire », d’un processus d’évolution inscrit dans la succession des réformes et des nouveaux
programmes qui les accompagnent. L’histoire de la discipline permet d’analyser les phénomènes
de sélection, d’introduction, de rejet, de reprise, de transformation des contenus d’enseignement
au fil du temps20. Dans les programmes en vigueur peuvent cohabiter des savoirs hérités du passé,
plus ou moins modifiés et des savoirs récemment transposés à partir de nouvelles théories.
L’histoire de la discipline n’est pas spécifiquement requise pour l’épreuve mais la prise de
conscience de son existence et de son importance peut aider à comprendre et à problématiser
certains contenus d’enseignement aujourd’hui. Ainsi en est-il, par exemple, des liens entre
argumentation au lycée et rhétorique ancienne, ou encore de la permanence de la notion de
registre. (voir plus loin)
17 Concept proposé par J.-L.Martinand pour la didactique de la physique et de la technologie.
18 Cf. le rapport 2001 p 269 : « un recensement de domaines de connaissances à approfondir ».
19 Notion d’« élaboration didactique » définie par J.-F. Halté (1992) La didactique du français. Que sais-je ? Puf.
20 Deux ouvrages instructifs sur ce point parus récemment : Houdart-Mérot V. (1998) : La culture littéraire au lycée depuis 1880,
Paris-Rennes, Adapt Editions, Presses universitaires de Rennes et Jey M. (1998) : La littérature au lycée : invention d’une
discipline (1880-1925), Metz, Centre d’Etude Linguistique des Textes et des Discours, Faculté des Lettres et Sciences humaines.
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2.3. Connaître quelques grandes orientations dans la sélection, l’élaboration et la
« distribution » des savoirs en français
2.3.1. Quelques traits saillants de la configuration actuelle de la discipline du français.
- De « nouveaux » savoirs
Les programmes récents du collège et du lycée montrent ce phénomène de sélection des
savoirs dans un contexte nouveau et pour des élèves différents aujourd’hui d’hier. D’autres
besoins se font sentir, la demande sociale évolue, les programmes changent et les candidats au
CAPES,s’ils veulent réussir l’épreuve, sont tenus de se familiariser avec ces nouveaux savoirs,
qui sont parfois inégalement présents dans leur cursus de formation initiale universitaire.
Ainsi, il est fondamental de savoir et de comprendre que les programmes du collège
(1996-1999) se structurent autour de la notion de discours et des formes et genres de discours.
L’enseignement de ces formes est défini et programmé de la 6e à la 3e :
6e: narratif
5e : descriptif
4e : descriptif + explicatif
3e : argumentatif
Il est également indispensable d’être familiarisé avec la littérature de jeunesse, pleinement
légitimée dans les programmes du collège. Elle ouvre le corpus des oeuvres à lire avec la
proposition d’oeuvres contemporaines, de genres variés, accessibles à de nombreuses catégories
de lecteurs. Elle conduit à diversifier les modes de lecture et son évaluation.
Les principaux textes fondateurs de l’antiquité gréco-latine et judéo-chrétienne qui sont au
programme de 6e mais dont les apports culturels sont sollicités du collège au lycée font aussi
partie du corpus à connaître pour cette épreuve
(21 Cf.le rapport 2000 p 264.Les candidats ne peuvent ignorer la nouvelle architecture des « perspectives d’étude » et
des « objets d’étude » qui organise les savoirs à enseigner (
22 Les programmes de seconde et de première sont définis, pour leur dernière version, dans le B.O. n° 28 du 12 juillet 2001. Les
nouvelles épreuves de français au baccalauréat le sont dans le B.O. n° 26 du 28 juin 2001, leur commentaire figure dans le B.O. n°
1 du 3 janvier 2002, elles ont été précisées dans leur application par le B.O. n° 3 du 16 janvier 2003.
Les instructions officielles, qu’il est essentiel de connaître, mais pas forcément de réciter, sont parfois l’objet unique de
préoccupation des candidats : dans leur préparation comme dans leurs exposés, elles sont alors à la source d’une recherche de
« brevets de conformité » la plupart du temps hors de propos. Sauf exemple caricatural, qu’on ne proposera pas dans les sujets du
CAPES, un sujet d’EAF, une séquence extraite d’un manuel peuvent-ils ne pas être conformes aux IO ?) au lycée :
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