| | autobiographie, le pacte autobio P.Lejeune | |
| | | Auteur | Message |
|---|
Lisette Administratrice


Inscrit le : 01 Sep 2005 Messages : 1115 Localisation : Bretagne
| Sujet: autobiographie, le pacte autobio P.Lejeune Mar 6 Mai - 18:24 | |
| Le pacte autobiographique :
« un récit rétrospectif en prose qu’une personne réelle fait de sa propre existence, lorsqu’elle met l’accent sur sa vie individuelle, en particulier sur l’histoire de sa personnalité, contrairement aux "mémoires", qui mettent l'accent sur le caractère Historique de la vie de l'auteur, comme c'est le cas chez Chateaubriand ou Charles de Gaulle. »
C'est l'engagement que prend un auteur de raconter directement sa vie (ou une partie, ou un aspect de sa vie) dans un esprit de vérité. Le pacte autobiographique s'oppose au pacte de fiction. Quelqu'un qui vous propose un roman (même s'il est inspiré de sa vie) ne vous demande pas de croire pour de bon à ce qu'il raconte : mais simplement de jouer à y croire. L'autobiographe, lui, vous promet que ce que qu'il va vous dire est vrai, ou, du moins, est ce qu'il croit vrai. Il se comporte comme un historien ou un journaliste, avec la différence que le sujet sur lequel il promet de donner une information vraie, c'est lui-même. Si vous, lecteur, vous jugez que l'autobiographe cache ou altère une partie de la vérité, vous pourrez penser qu'il ment. En revanche il est impossible de dire qu'un romancier ment : cela n'a aucun sens, puisqu'il ne s'est pas engagé à vous dire la vérité. Vous pouvez juger ce qu'il raconte vraisemblable ou invraisemblable, cohérent ou incohérent, bon ou mauvais, etc., mais cela échappe à la distinction du vrai et du faux. Conséquence : un texte autobiographique peut être légitimement vérifié par une enquête (même si, dans la pratique, c'est très difficile !). Un texte autobiographique engage la responsabilité juridique de son auteur, qui peut être poursuivi par exemple pour diffamation, ou pour atteinte à la vie privée d'autrui. Il est comme un acte de la vie réelle, même si par ailleurs il peut avoir les charmes d'une oeuvre d'art parce qu'il est bien écrit et bien composé. Comment se prend cet engagement de dire la vérité sur soi ? A quoi le lecteur le reconnaît-il ? Parfois au titre : Mémoires, Souvenirs, Histoire de ma vie... Parfois au sous-titre ("autobiographie", "récit", "souvenirs", "journal"), et parfois simplement à l'absence de mention "roman". Parfois il y a une préface de l'auteur, ou une déclaration en page 4 de couverture. Enfin très souvent le pacte autobiographique entraîne l'identité de nom entre l'auteur dont le nom est sur la couverture, et le narrateur-personnage qui raconte son histoire dans le texte. Autre conséquence : on ne lit pas de la même manière une autobiographie et un roman. Dans l'autobiographie, la relation avec l'auteur est embrayée (il vous demande de le croire, il voudrait obtenir votre estime, peut-être votre admiration ou même votre amour, votre réaction à sa personne est sollicitée, comme par une personne réelle dans la vie courante), tandis que dans le roman elle est débrayée (vous réagissez librement au texte, à l'histoire, vous n'êtes plus une personne que l'auteur sollicite). Si vous voulez des exemples de pacte autobiographique, vous trouverez sur ce site les préambules de Jean-Jacques Rousseau et de Marie Bashkirtseff . Je vous renvoie aussi à mon livre L'autobiographie en France (Armand Colin, collection "Cursus", 1998), à la fin duquel est reproduite une série de "pactes autobiographiques" de Rousseau à nos jours. Si vous voulez plus d'explications, voyez Le Pacte autobiographique (Seuil, 1975), disponible en format poche ("Points"). Dans un second volume, Signes de vie, Le Pacte autobiographique 2 (Seuil, 2005), j'ai évalué avec le recul du temps, "Vingt-cinq ans après", mon travail de réflexion sur le pacte : et ce texte, où je m'explique sur ma démarche, est bien sûr lui-même un texte autobiographique.
© Philippe Lejeune 2006
Dirigez-vous vers : http://www.autopacte.org/ _________________ N'hésitez pas à m'envoyer vos suggestions et propositions de programme par mp! |
|  | | Lisette Administratrice


Inscrit le : 01 Sep 2005 Messages : 1115 Localisation : Bretagne
| Sujet: Re: autobiographie, le pacte autobio P.Lejeune Mar 6 Mai - 18:27 | |
| Vous pouvez aussi lire l'article suivant :
http://www.uqtr.uquebec.ca/AE/Vol_11/libre/fournier.htm
La genèse de la biographie fictionnelle selon la théorie des actes de discours _________________ N'hésitez pas à m'envoyer vos suggestions et propositions de programme par mp! |
|  | | Lisette Administratrice


Inscrit le : 01 Sep 2005 Messages : 1115 Localisation : Bretagne
| Sujet: Re: autobiographie, le pacte autobio P.Lejeune Mar 6 Mai - 18:37 | |
| Définition du DTL
Biographie
ETYMOLOGIE / etymology ETUDE SEMANTIQUE / Definitions COMMENTAIRE / Analysis
Seule nous intéresse i ci la biographie comme genre narratif littéraire. Définissable comme le récit chronologique de la vie d’un personnage réel et plus particulièrement d’un personnage connu voire célèbre, la biographie peut être appréhendée de deux façons par rapport au littéraire. D’une part, depuis l’Antiquité ont existé maintes relations des événements qui ont marqué la vie de personnages politiques, de militaires, de héros, de sages, d’artistes, avant que le Moyen Âge ne proposât des vies de saints. Or, ces récits pouvaient être dotés de qualités littéraires variables, d’un degré de «littérarité » variable. On peut comprendre ainsi que Daniel Madelénat, dans un ouvrage très complet sur La biographie (Paris : P.U.F., 1984), se pose la question du statut littéraire du genre et énonce ce « paradoxe » : « Paradoxe : ce genre mineur, confus, douteux, jouit depuis deux millénaires, d’un succès toujours renouvelé et témoigne d’une singulière aptitude à survivre en milieu hostile (…) » (p. 10) (ce milieu étant constitué au XXe siècle des tenants de la « nouvelle histoire », du « nouveau roman » de « la mort du sujet », etc). D’autre part, les biographies centrées sur un certain type d’artistes, les écrivains, sont susceptibles de poser un autre problème littéraire : leur implication dans la critique, dans l’appréhension des œuvres de ces écrivains.
Avant que le terme ne soit attesté (selon Photius, du IXe siècle), en grec tardif au Ve-VIe siècle, chez le philosophe néo-platonicien Damaskios (ou Damascius), dans des fragments de la Vie d’Isidore, son maître, des récits sur la vie de personnages réels et importants avaient existé dans l’Antiquité gréco-romaine. Il s’agissait d’abord, selon l’expression de Daniel Madelénat, d’un « sous-genre de l’histoire » (Op. Cit.).
En Grèce, Thucydide fut un des premiers à évoquer des personnages importants, mais sans entrer dans les détails et sans essayer d’esquisser d’eux une image complète de leur caractère. Les premiers textes grecs que l’on peut considérer comme d’authentiques biographies datent du Ive siècle av. J.-C. Tels sont les Memorabilia et l’Agesilaus de Xénophon (vers 390 av. J.. –C) et l’Euagoras d’Isocrates (vers 365). Ces premières biographies, moralisatrices, ont pour but de glorifier la personne dont on évoque la vie , afin de la présenter comme un modèle ou un exemple. Elles associent la narration de faits réels et l’éloge de qualités, réelles ou supposées. Le genre fut pratiqué en Grèce par Aristote et ses disciples, et par la suite à Alexandrie et à Pergame. Des collections voient le jour, consacrées à des personnages célèbres, d’abord surtout des philosophes, puis des hommes politiques, des militaires et des artistes. Celui qui inaugura la série des « vies » de philosophes fut Aristoxène (IVe siècle). Il fut suivi par Chamaeleon, Duris, Satyros, Neanthes, et d’autres. Les philosophes étaient groupés selon leur enseignement, mais, d’une façon générale, ces biographies en restèrent au niveau superficiel d’anecdotes. La collection la plus célèbre du genre fut celle de Diogène Laerce, Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres (IIIe siècle av. J.-C), mais elle apparaît comme plus informative sur les écoles philosophiques que dotée de valeur littéraire. Au Ier siècle, à Rome, Cornelius Nepos agit, quant à lui, plutôt en pur historien dans ses Viris illustribus.
De fait, ce sont les Vies parallèles (Ier siècle) de Plutarque qui demeurent l’œuvre biographique la plus remarquable de l’Antiquité. Rédigées en grec, à Rome, ces « Vies » occupent une place particulière par leur impact sur la littérature occidentale depuis la Renaissance. Plutarque propose à ses lecteurs ou auditeurs les vies de grands hommes du passé, héroïques ou vertueux, selon lui, comme exemples de vertus à acquérir. L’historien se met donc au service du moraliste. Pour ce faire, il recourt à un procédé original : la comparaison, le « parallèle» entre des vies de Grecs célèbres et de Romains célèbres, comme Thésée et Romulus, Alexandre et César. La biographie comme genre narratif, fondé sur un individu célèbre était lancée. Au IIe siècle, toujours à Rome, Suétone, moins moraliste et plus friand d’anecdotes, rédigea en latin les Vies des douze Césars.
Au tout début de l’ère chrétienne, les Evangiles et les Actes des apôtres, peuvent apparaître comme en partie biographiques, dans la mesure où ils rappellent des événements de la vie du Christ et en esquissent un portrait à travers ses actes, ses paroles et ses prédications, mais ce sont moins des biographies que des écrits conçus pour guider ou conforter les chrétiens dans leur foi. Dans un sens plus strict, c’est la Vita Cypriani (253), rédigée par Pontius qui apparaît comme la biographie chrétienne la plus ancienne. Elle n’a toutefois ni l’importance ni l’influence de la Vita Antoni (357) d’Athanasius. En effet, cette œuvre inaugure une série de biographies d’ascètes, de fondateurs d’abbayes, d’évêques, de missionnaires, où les considérations historiques et même psychologiques, qui étaient celles de l’Antiquité, cèdent la place aux commentaires pieux, sur le rôle de Dieu dans la vie humaine. D’une manière générale, la portée éthique de ces « vies » est beaucoup plus importante que celle des « vies » de l’Antiquité. Au héros, au savant, au sage du monde gréco-latin, s’est substitué un autre modèle : le saint. Ce sont désormais les qualités spirituelles qu’il s’agit d’honorer et de montrer en exemple, la vie de l’homme proprement dite cédant souvent du terrain à la légende, fertile en éléments miraculeux. Les vies de saints ont illustré le genre de la biographie, devenue hagiographie, durant tout le Moyen Âge, dans toute l’Europe. En Europe occidentale, ces biographies sont écrites le plus souvent en latin. La Vie de Moïse par Grégoire de Nysse, la Vita de Saint Martin de Tours par Sulpicius Severus (IVe siècle) ou la Vita de Saint Malchus par Jérôme (Ve siècle) constituent des exemples typiques de ces hagiographies : ainsi, dans la Vie de Moïse, la « vie » se confond plutôt avec un voyage mystique de l’âme. Plus tard cependant, certains biographes attachèrent plus d’importance au caractère de leur personnage de saint, tel , en Angleterre, Eadmer, dans De vita et conversatione Anselmi (1124) (prêtre anglais). En Allemagne, au XIVe siècle, apparut un récit mêlant biographie et autobiographie, par la sœur dominicaine Elsbeth Stagel et le mystique Suso (Heinrich Seuse), centré sur la vie de ce dernier. En Europe orientale, par exemple en Russie, furent également rédigées des vies de saints, tels, par exemple, au Xe siècle, dans les Izborniki (Recueils) écrits pour le prince Sviatoslav, mais dont on ignore l’auteur.
Le Moyen Âge n’ignora pas d’autres types de biographies : celles de souverains, qui, au demeurant, pouvaient aussi tendre vers l’hagiographie (au sens large de biographie excessivement élogieuse, mais aussi au sens de vie de saint). Au IXe siècle, Einhard écrivit une Vita caroli, vie de l’empereur Charlemagne, à la manière de Suétone, c’est-à-dire associant l’histoire collective et l’anecdote individuelle. Au XIIe siècle, le chroniqueur Joinville, dans son Livre des saintes paroles et des bons faits de saint Louis, fut à l’origine de la transfiguration du roi de France Louis IX en saint. En revanche, au XVe siècle, Philippe de Commynes resta sur le plan profane de l’histoire politique, dans ses Mémoires sur la vie de Louis XI (au reste assez difficile à transformer en saint !). En Espagne, au XIVe siècle, on peut citer les chroniques de Canciller Ayala, célèbres par leur art de la composition, sur des rois comme Pedro I, Juan I et d’autres.
Avec les temps modernes, c’est-à-dire à partir de la Renaissance italienne, la personne revient au premier plan (comme chez Plutarque), sous l’influence de l’humanisme. Dans cet esprit, les biographes s’efforcent de parvenir à une vérité historique grâce à la recherche de documents et au dépouillement de la correspondance conservée. En 1360, paraît la première biographie moderne, en italien, la Vita di Dante de Boccace, déjà biographie d’écrivain (mais aussi d’homme politique) par un autre écrivain. Toujours en Italie, le critique d’art Giovanni Vasari publia, en 1550 son œuvre monumentale Le vite de più eccelenti pittori, scultori ed architetti. En Angleterre, on peut reconnaître aujourd’hui comme des biographies Life of Richard II (1513 ?) du Cardinal Morton et Life of Wolsey (1554-57) de Cavendish.. En Espagne, la biographie moderne est illustrée par des portraits d’écrivains de Fernán Pérez de Guzmán (entre 1378 et 1460). Durant la Renaissance française, au XVIe siècle, c’est Brantôme qui illustra le mieux le genre avec ses Vies des hommes illustres et grands capitaines français mais aussi avec ses célèbres Vies des dames galantes (1665-66 : éd. posthume). Peuvent participer également du genre biographique des recueils d’Éloges d’hommes célèbres, comme ceux de Scévole de Sainte-Marthe (1598). En Allemagne, c’est plutôt l’ère de la Réforme qui vit l’avènement d’une forme spécifique de la biographie, les Tischreden. Martin Luther devint le héros de plusieurs biographies, dont en 1566, précisément lesTischreden oder Colloquia Doct. Martini Luthers, par Johannes Aurifaber.
Jusqu’au début du XVIIe siècle, les biographies de saints étaient encore pratiquées, par exemple en Angleterre et en Hollande où les bollandistes firent paraître des Acta sanctorum à partir de 1653. Mais le XVIIe siècle anglais produisit également des biographies séculaires comme Life of Henry VIII (1621) de Bacon, Lives (1640-7 de Walton et surtout la biographie qui connut le plus de succès à l’époque les Minutes of Lives (1660) d’Aubrey, qui s’ouvrent vers des commentaires personnels sur la nature humaine. En France, au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle se disputent des variantes de la biographie comme l’éloge, par exemple Les hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle, avec leurs portraits en nature (1697-1700) de Charles Perrault et, un peu plus tard les Eloges des académiciens (1715) de Fontenelle, et les premières histoires littéraires, comme à partir de 1733 l’Histoire littéraire de la France, de dom Rivet. Ces biographies se soucient toutefois plus d’esthétique et de morale que d’exactitude factuelle. On peut citer une autre variante possible de la biographie, la biographie romancée, représentée par les Mémoires de la vie du comte de Grammont, contenant particulièrement l’histoire amoureuse de la cour d’Angleterre sous le règne de Charles II (1713) où Hamilton retrace la vie agitée de son beau-frère tout en exploitant de façon ludique la personnalité originale de celui-ci. Au XVIIIe siècle, le genre biographique se manifesta de façon plus stricte, avec, par exemple, en France, l’Histoire de Charles XII (1731) de Voltaire, et surtout avec, en Angleterre, Lives of the English poets (1779-81) de Samuel Johnson et, comme en retour, Life of Samuel Johnson (1791) de James Boswell. Ces deux dernières biographies font date. Elles restent considérées, en Angleterre, comme des modèles, comme fondatrices de la biographie en tant que genre littéraire spécifique, par leur forme travaillée autant que par une recherche de la vérité qui les distingue des œuvres de fiction. Elles montrent que désormais le biographe s’efforce de présenter un portrait honnête, le plus complet possible, d’un homme, avec ses vertus et ses défauts, et pas nécessairement un exemple à suivre.
À partir du XIXe siècle, comme le montre Daniel Madelénat, commencent à proliférer des dictionnaires biographiques, comme la célèbre Biographie universelle, ancienne et moderne, dirigée par Louis-Gabriel Michaud (à partir de 1811) dont parurent 85 volumes (jusqu’en 1862), et des monographies. Or, peu à peu, ces ouvrages « s’acheminent vers l’objectivité, la transparence des sources, l’exhaustivité des références bibliographiques qui seront définitivement acquises à la fin du siècle » (D.Madelénat, « Biographie », in : Beaumarchais, Jean-Pierre de ; Couty, Daniel ; Rey, Alain.- Dictionnaire des littératures de langue française. – Paris : Bordas, 1987, t. 1, p. 283). Cela n’empêcha pas, au XIXe et au XXe siècle certaines biographies de tendre vers l’éloge. Ainsi, en 1839, la première Vie de Fourier par Charles Pellerin, volontiers hagiographique, devint, pendant un siècle, la seule référence du mouvement fouriériste (Il a fallu attendre l’ouvrage de l’Américain Jonathan Beccer, Fourier. Le visionnaire et son monde (Paris : Fayard, 1994) pour lire une première biographie raisonnée et critique de ce personnage politique). La Vie de Disraeli (1927) par le romancier André Maurois, se situe dans le registre, sinon de l’hagiographie, du moins de l’éloge. Il en fut de même par exemple aux États-Unis, par exemple avec The Life and Memorable Actions of George Washington (1800) de Parson Mason Locke Weems, The life of Washington (1855-1859) de Washington Irving, les six volumes de l’Abraham Lincoln (1926-1939) de Carl Sandburg. En Allemagne, plus superficielles, mais à prétention plus littéraire par une recherche de l’effet dramatique et du sensationnel, sont les biographies, devenues très populaires d’Emil Ludwig, Goethe (1920), Kaiser Wilhelm (1925), puis des biographies de Napoléon et de Bismarck. En Angleterre, Lytton Strachey sut allier, quant à lui, le souci d’objectivité qu’avaient prôné Johnson et Boswell, et la primauté du significatif sur l’exhaustif, dans ses Eminent Victorians (1918) (sur les vies du Dr Arnold, du général Gordon, de Florence Nightingale, du cardinal Manning). Il sut aussi casser le culte du héros en maniant habilement l’ironie et l’humour. _________________ N'hésitez pas à m'envoyer vos suggestions et propositions de programme par mp! |
|  | | Lisette Administratrice


Inscrit le : 01 Sep 2005 Messages : 1115 Localisation : Bretagne
| Sujet: Re: autobiographie, le pacte autobio P.Lejeune Mar 6 Mai - 18:37 | |
| Comme on l’a vu, les biographies, dès l’œuvre de Plutarque, mais surtout à partir de la Renaissance, ont pu osciller entre le simple souci documentaire et une vocation esthétique, littéraire. Or, comme l’écrit D. Madelénat, dans son livre, dès qu’on veut donner un statut littéraire au genre : « Chaque siècle impose son code : épique, héroïque, romanesque, intimiste… ; il valorise les ruptures ou les continuités d’une existence » (Op. Cit., p. 145). La biographie peut, ce qu’elle a fait dans de nombreux pays depuis le XVIIe siècle, adopter le modèle du roman ou de l’essai critique. Mais le plus souvent, comme le fait observer encore D. Madelénat : « Entre ces deux options majeures -- fluidité du roman, discontinuité discursive de l’essai – tout biographe opère un choix composite, utilisant les formes littéraires comme un répertoire de moyens ou de procédés » (Ibid.).
Quel que soit le parti pris de l’auteur, à partir du XIXe siècle et plus encore au XXe siècle, le choix de la biographie comme genre implique que son auteur a affaire avec le seul réel et rejette la fiction, lors même qu’il n’exclut pas l’imagination et la sensibilité dans la présentation des faits.
Le XIXe et le XXe siècles ont vu abonder un type spécifique de biographies qui sont censées être doublement rattachées au littéraire : les biographies d’écrivains. Or, d’une part, lorsqu’il s’agit d’un artiste, on peut estimer que son œuvre devrait être prise en considération dans sa biographie. D’autre part, inversement, à l’époque romantique, certains écrivains eux-mêmes, en faisant de leur vie une œuvre d’art, en se déployant eux-mêmes à travers des autobiographies qui reliaient leur œuvre à leur vie, ont appelé une lecture biographique de leurs œuvres et invité à concevoir la relation entre l’œuvre et le public comme une communion personnelle entre la « personne » du « créateur » et la « personne » du « lecteur », entre le destinateur et le destinataire. Tels sont par exemple Chateaubriand, en France, et Byron, en Angleterre (voir article « Auteur »). Dès lors, comme l’écrit Pierre Kuentz, « La pratique de la biographie tend à présenter l’écrivain comme un acteur qui s’efforce à une pratique d’identification sur une autre scène que celle où évolue le commun des hommes. Délégué aux positions extrêmes, il joue un rôle d’alibi aux médiocrités quotidiennes » ( « L’envers du texte », in : Littérature, n°7, octobre 1972, p. 1 . Dans cette optique, en France, le critique Sainte-Beuve, à travers ses Portraits littéraires et contemporains, entrepris à partir de 1829, ses Causeries du lundi et ses Nouveaux lundis, est allé très loin dans l’étude des relations entre l’œuvre d’un écrivain et le reste de sa personnalité ( de l’hérédité familiale à toutes les manifestations de son originalité). Ainsi, dans les Nouveaux lundis, à propos d’une étude sur Chateaubriand, il énonce ainsi sa « méthode » : « La littérature, la production littéraire, n’est point pour moi distincte ou du moins séparable du reste de l’homme (…) : tel arbre, tel fruit » (Paris : Michel Lévy, 1865,p. 15). (voir article « Auteur »).
Un biographe lui-même poète comme Baudelaire distingue, quant à lui, la biographie comme « travail littéraire » et la biographie comme compilation, lorsqu’il s’apprête à évoquer celle d’un autre poète et narrateur qu’il admire :Théophile Gautier : « Il y a des biographies faciles à écrire, par exemple des hommes dont la vie fourmille d’événements et d’aventures ; là, nous n’aurions qu’à enregistrer et à classer des faits avec leurs dates,- mais ici, rien de cette variété matérielle qui réduit la tâche de l’écrivain à celle d’un compilateur. Rien qu’une immensité spirituelle ! La biographie d’un homme dont les aventures les plus dramatiques se jouent silencieusement sous la coupole de son cerveau, est un travail littéraire d’un ordre tout différent » (« Théophile Gautier », Pléiade, t. II, pp. 103-104).
Au XXe siècle, Proust, dans son Contre Sainte-Beuve, commencé en 1908 (1ère éd. 1954) rejette chez Sainte-Beuve « cette méthode qui consiste à ne pas séparer l’homme et l’œuvre » (Pléiade, p. 221), et après avoir donné quelques exemples d’enquêtes de Sainte-Beuve sur la personnalité des écrivains, il affirme quant à lui « qu’un livre est le produit d’un autre moi que celui que nous manifestons dans nos habitudes, dans la société, dans nos vices » (pp. 221-222). Sainte-Beuve, par sa « méthode », a ainsi « méconnu » Stendhal, Baudelaire, Balzac auxquels Proust rend l’hommage qui leur est dû, palliant les lacunes de l’ancien critique. En effet, seule l’œuvre révèle la personnalité authentique d’un écrivain : celle de l’artiste.
Désormais, les biographes d’écrivains n’ont de cesse de se situer, attaqués par une partie des critiques, les formalistes, ou par des écrivains également critiques littéraires, tels Malraux, Kundera et Nabokov. À propos des biographies d’artistes en général, on peut lire chez Malraux : « Sous l’artiste, on veut atteindre l’homme ? grattons jusqu’à la honte la fresque, nous finirons par trouver le plâtre. Nous aurons perdu la fresque et oublié le génie en cherchant le secret. La biographie d’un artiste, c’est sa biographie d’artiste, l’histoire de sa faculté transformatrice » (Les voix du silence. – Paris : Gallimard, 1951, p.418). Quant à l’écrivain tchèque, Kundera, en 1986, dans le glossaire intitulé « Soixante et onze mots » qui constitue la sixième partie de L’art du roman, il consacre une entrée à la biographie : « Romancier (et sa vie) ». En voici les dernières lignes : « ‘Je déteste mettre le nez dans la précieuse vie des grands écrivains et jamais aucun biographe ne soulèvera le voile de ma vie privée’, dit Nabokov. Métaphore archiconnue : le romancier démolit la maison de sa vie pour, avec les pierres, construire la maison de son roman. Les biographes d’un romancier défont donc ce que le romancier a fait, refont ce qu’il a défait. Leur travail ne peut éclairer ni la valeur ni le sens d’un roman, à peine identifier quelques briques. Au moment où Kafka attire plus d’attention que Joseph K., le processus de la mort posthume de Kafka est amorcé » (Paris : Gallimard, 1986,pp. 180-181).
On comprend, dès lors, que des biographes, convaincus du bien-fondé de leur entreprise, multiplient les mises au point. Ainsi, de manière originale, mais surtout de manière parfaitement honnête, le chercheur polonais Zdzislaw Najder avoue, dans l’ « Avant-propos » de sa biographie de Joseph Conrad : « Le fait que Joseph Conrad ait été un grand écrivain ne m’est pas paru comme la ‘clef’ à partir de laquelle sa vie pouvait être comprise ni les événements qui la composent interprétés ? Je ne peux nier cependant qu’il ait compté parmi mes principales motivations : si Konrad Korzniowski n’était pas devenu Joseph Konrad, sans doute ne nous intéresserions-nous pas à lui, et ce livre n’aurait pas lieu d’être. Néanmoins, sans chercher à toute force à dissocier l’écrivain de l’homme plus que tout autre chose (…) Konrad Korzniowski fut quelqu’un de vraiment exceptionnel, et pas seulement parce qu’il fut l’écrivain que l’on sait » (trad. Chr. Cozzolino ; D. Bellion, vérif). Cet « aveu » permet de poser correctement le problème des biographies d’écrivains. les auteurs de telles biographies agissent en tant qu’historiens, mais pas forcément en tant qu’historiens de la littérature : ils peuvent très bien ignorer la spécificité du phénomène littéraire. Bref, les biographies d’écrivains ne sont souvent que des biographies d’individus qui se trouvent être des écrivains ; il s’agit le plus souvent, de la vie d’un homme (ou d’une femme)… Il est vrai que des biographies de ce genre sont de celles qui intéressent le plus le grand public, intérêt (non littéraire) que la critique journalistique ne contribue que trop souvent à susciter ou à conforter. Le public, le grand public surtout, a besoin de connaître l’auteur d’un livre qu’il a lu, ou d’un tableau. Il a besoin de la présence imaginaire de l’auteur. Pour le grand public, une œuvre n’existe que s’il peut lui associer un visage. Il a besoin de savoir que son auteur a vécu, aimé, souffert.
Un autre exemple caractéristique d’une biographie d’auteur, sans rapport- ou presque- avec l’activité littéraire de celui-ci, est le Baudelaire de Claude Pichois (Paris : Julliard, 1987) : seules y sont évoquées quelques hypothèses quant à la genèse de certains poèmes. En outre, comme le dit Robert Kopp, dans un article intitulé « Où en sont les études sur Baudelaire ? », s’y développe « un luxe de détails que le respect de la chronologie interdit souvent aux auteurs de relier entre eux, comme si la peur du sens leur faisait oublier que toute biographie est fatalement romancée » ( Cahiers de l’A.I.E.F., 1989,vol. 41, p. 201). À propos du même poète, Raymond Poggenburg, dans Charles Baudelaire : une micro-histoire. Chronologie baudelairienne.– Paris : Corti, 1987), a cru éviter tout parti pris en publiant simplement quelques milliers de fiches d’ordinateur de la chronologie baudelairienne. Et Robert Kopp de conclure, en se référant à Gadamer : « Un danger du positivisme n’est-il pas d’entretenir l’illusion d’une distinction entre savoir et signification, entre vérité et méthode » (Ibid). On voit ici que le problème de « la vérité » (voir article « Auteur ») n’est pas seul en cause et qu’un autre écueil guette bon nombre de biographes : ne pas être à même d’éliminer le moindre détail de la somme de renseignements qu’ils ont pu récolter. Il est vrai que le rôle du biographe ou du critique littéraire se révèle plus complexe que celui d’un simple érudit voire que celui d’un historien, car il est censé rendre compte des réalités, ou, si l’on veut, des hallucinations fondatrices d’un écrivain. Il n’en demeure pas moins que la biographie d’un artiste est une chose ; et que son œuvre en est une autre, fort distincte, n’obéissant pas aux mêmes lois, à appréhender en fonction des lois particulières qui président à la production artistique. L’œuvre trouve en elle-même sa signification : il est donc absurde, en étudiant une œuvre d’art, d’accorder le primat aux événements de la vie de l’auteur. _________________ N'hésitez pas à m'envoyer vos suggestions et propositions de programme par mp! |
|  | | Lisette Administratrice


Inscrit le : 01 Sep 2005 Messages : 1115 Localisation : Bretagne
| Sujet: Re: autobiographie, le pacte autobio P.Lejeune Mar 6 Mai - 18:38 | |
| Toutefois, bien que de telles biographies soient rares, il en est qui ont su allier une recherche sérieuse sur la vie et un travail critique sur l’œuvre. On peut citer, outre d’anciennes « Vies » comme Life of Schiller (1823-24) de Carlyle ou Ariel ou la vie de Shelley (1923) de Maurois, les biographies plus récentes d’écrivains russes par Henri Troyat, par exemple. Ainsi, son Gogol (1971) suit avec beaucoup de précision, non seulement une vie, y compris dans ses aspects les plus occultés (surtout en Russie, sauf au début du XXe siècle, chez quelques adeptes de la psychanalyse), sexuels, affectifs, mais une œuvre « ouverte » dont il propose plusieurs lectures, le tout avec l’art de composer du romancier. En Angleterre, les biographies de Joyce puis d’Oscar Wilde (1987) par l’universitaire Richard Ellmann peuvent être considérées comme des réussites « rares » du genre : c’est en tout cas ainsi que l’écrivain Pierre Mertens les considère lorsqu’il en rapproche celle de Pierre Lepape, André Gide. Le messager (Paris : Seuil, 1997), publiée dans la collection « Biographie » : « Nul fétichisme, pas une ombre d’hagiographie. Rien qu’une exhaustive connivence ! » . Le titre même de cette collection, dans une grande maison d’édition, témoigne d’une prise au sérieux du genre, dont les spécimens peuvent varier quant à leur qualité littéraire (la composition, le ) et scientifique (la recherche des sources, l’exactitude des faits), mais qui n’en est pas à rejeter pour autant. Le genre peut subsister, pour autant qu’il soit approprié à une situation et exigeant. C’est ce qu’ont compris par exemple Roger Toumson et Simonne Henry-Valmore, biographes d’Aimé Césaire, à la fois, et dans une même perspective, poète et personnage public : « Littéraire et politique, l’engagement d’Aimé Césaire a ainsi une double valeur d’exemple. Il convient d’ores et déjà de rendre compte de la formation et de l’apprentissage qui le conduisent à une prise de conscience et à une décision : d’une part écrire, d’autre part agir ». Conscients qu’un bilan définitif n’était pas encore possible, ils avancent : « Mais une biographie humaine, intellectuelle, littéraire et politique tout à la fois est de saison. L’on y trouve un portrait avec, à l’arrière-plan, un tableau des réalités du monde noir des lendemains de la Première Guerre mondiale à l’ère des indépendances » (Aimé Césaire, le nègre isolé.– Fort-de-France : Éditions Vents des îles ; Paris : Syros, 1993, p. 15).
S’agissant de littérature, comme de philosophie, de musique, d’arts plastiques, bref s’agissant de discours symbolique, la vie de l’auteur n’offre d’intérêt que si elle permet de revenir plus aisément à l’œuvre, de constituer un passage vers l’œuvre. Plus généralement, la biographie apparaît comme multiforme, plus complexe qu’elle ne le paraît, « animée, comme le dit encore Madelénat, par l’étrange passion que certains êtres éprouvent par l’existence d’autres êtres » (p. 204). Genre mineur ? La postérité en décidera.
]BIBLIOGRAPHIE / Bibliographie
Marcel De Grève†
Rijksuniversiteit Gent
Biographie/ References
Aigrain, R.– L’hagiographie, ses sources, ses méthodes, son histoire.– Paris : Bloud et Gay, 1953.
Aldridge, A. O.– « International Influences upon Biography as a literary Genre », in : Proceedings of the Ivth Congress of the International Comparative Literature Association. – 1966, II, pp. 972-981.
Aldridge, A. O.-- « Biographie » (en anglais), in : D.I.T.L..– Berne : Francke, 1980, t. II, pp. 169-173.
Bartelinck. G.-- « Quelques observations sur la biographie chrétienne gréco-latine », in : Orpheus, n° 7 (1960).
Bruns, Ivo.– Das literarische Porträt der Griechen im5. und 4. Jahruinderts vor Christi Geburt. Die Persönlichkeit in der Geschichtschriebung der Alten. Untersuchungen zur Technik der Antiken Historiographie. – Darmstadt : Wissenschaftliche Buchgemeinschaft, 1961.
Clifford, James Lowry.– Biography as an Art. Selected Criticism. 1560-1960.– Oxford : University Press, 1962.
Delehaye, H.– Les légendes hagiographiques.-- Bruxelles : Société des Bollandistes, 1927.
Dictionary of Literary Biography (DLB).– Detroit (Michigan) : Gale Research Company, 1978-1991, 112 vol.
Dihle, Albrecht.– Studien zur griechischen Biographie.– G̈ttingen : Vandenhoeck & Ruprecht, 1956 (« Abhandlungen der Akademie der Wissenschaften in Göttingen », Philogische-historische Klasse, Folgen, 3, 37).
Edel, Leon.– Biography. The Alexander Lectures, 1955-1956 – London : Hatr-Davis, 1967.
Empson, William.– Using Biography.– London : Chatto & Winden Hogarth Press, 1984.
Freeman, Mark.– Rewriting the Self. History, Memory, Narrative.– London : Routledge, 1993.
Kittang, Atle.– « La place des études biographiques dans les recherches littéraires », in : Orbis litterarum, vol. XXX (1975), n° 2, pp. 109-124.
Leo, F.– Die griechish-römische Biographie in ihrer literarischen Form – Leipzig : Teubner, 1901.
Madelénat, Daniel.– La biographie.– Paris : Presses Universitaires de France, 1984.
Michel, Gabriele.– Biographisches Erzählen. Zwischen individuellem Erlebnis und kollektiver Geschichtentradition. Untersuchung typischer Erzählfiguren, ihrer sprachlichen Form und ihren interaktiven und identitätskonstituierenden Funktion in geschichten und Lebengeschichten.– Tübingen : M. Niemeyer, 1985.
Priesznig, A.– Die biographische Form der griechischen Heililegenden in ihrer geschichtlichen Entwickluing.-- Münnerstadt : Uhlein, 1924.
Reid, Benjamin Lawrence.-- Necessary Lives. Biographical Reflections. .– London : University of Missouri, 1990.
Schabert, Ina.– In Quest of the Other Person. Fiction in Biography.– Tübingen : Francke, 1990.
Stuart, Diane Reed.– Epochs of Greek and Roman Biography.– Cambridge : University Press, 1928.
Sudau, Ralf.– Werkbearbeitung Dichtfiguren. Traditionsaneigung am Beispiel deutschen Gegenwartsliteratur. .-- Tübingen : M. Niemeyer, 1985. _________________ N'hésitez pas à m'envoyer vos suggestions et propositions de programme par mp! |
|  | | | autobiographie, le pacte autobio P.Lejeune | |
|
| Page 1 sur 1 |
| | Permission de ce forum: | Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
| | |
| |